Faire de la place

C'est un petit manuel de survie au capitalisme, vu par le prisme de l'encombrement de nos maisons d'abord, et puis, surtout, de celui de nos esprits et de nos vies.
Une plaidoirie pour se réapproprier notre temps, lentement, nos gestes, nos relations, nos vies.

Si la sensation d'encombrement a été une problématique personnelle depuis mon enfance, elle est, évidemment, très partagée chez les habitant-es d'un des pays les plus riches de la planète, qui fonde son système économique et social sur la croissance, c'est-à-dire sur la production infinie de biens et services.

La sensation d'encombrement mental, cette impression de ne plus savoir où donner de la tête, d'étouffer, de crou-ler, est presque devenue notre norme d'existence. À moins de faire des choix vraiment alternatifs et radicaux, nous ne pouvons pas vraiment échapper à ce rythme. On peut se jouer des tours à soi-même; couper son téléphone une heure pour se concentrer, aller marcher quelques jours, se couper des réseaux pendant nos vacances, mais ces petites actions témoignent de notre agitation plus qu'elles ne la règlent.

S'autoriser à se dire qu'on peut vivre selon ses rêves, c'est souvent un privilège de classe, de genre, de race, dont d'ailleurs celles et ceux qui bénéficient ont en général très peu conscience.

Si l'on pense comme moi que les mots sont des actes, alors on doit tenir les auteurs pour responsables des effets de leurs écrits.
Ursula Le Guin - Danser au bord du monde

Quand je suis enthousiaste et disponible, certes, cela ne change pas l'état de la planète, mais a minima, j'ai moins de chance de nuire à celles et ceux qui sont autour de moi, et de proche en proche ça fait vite du monde.
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Et puis: si chez moi, c'est le brol, au sens propre comme au sens figure, si je croule sous des montagnes qui m'étouffent et me mettent en agitation, en colère, en tension, aucune chance que je puisse aller aider qui que ce soit, me rendre disponible à autrui, m'engager pour une cause qui me tient à cœur. L'articulation entre individuel et collectif est un sujet complexe, mais je crois que les deux pôles ne s'excluent pas l'un l'autre. L'encombrement nous poursuit, nous pèse, nous retient, nous empêche. Nous désencombrer libère de l'espace, pour nos relations, pour nos communautés, pour nos engagements.

L'obsession du rangement peut être une procrastination de plus, le reflet d'une agitation mentale à son maximum: la seule manière de se calmer, c'est de ranger quelque chose «dans la matière», puisqu'on n'arrive pas à «ranger» ses émotions ou ses pensées

À propos de la direction capitaliste de notre système :

C'est parce que cette direction présente un certain nombre d'avantages énormes pour une toute minuscule partie d'entre nous, que ces derniers ont tout intérêt à la présenter comme une fatalité. Et donc à nous maintenir dans un état de fatigue et d'anxiété permanent.